15 avril 2005
Objectif Top 10
Depuis l'arrivée de Giles Bonnet, l'équipe nationale belge de hockey a effectué des progrès fulgurants. Elle cultive aujourd'hui l'art de la victoire.
Le Champions Challenge s'est clôturé, samedi 8 avril à Alexandrie (Egypte), avec une médaille de bronze pour l'équipe belge. La compétition regroupait les équipes classées de 7 à 12 au classement mondial de la FIH (Fédération internationale de hockey). La Belgique a exceptionnellement pu participer au tournoi en raison de l'absence de la Nouvelle-Zélande. Sa performance est d'autant plus remarquable que l' équipe est composée uniquement de joueurs amateurs. A l'heure actuelle, tous sports d'équipe confondus, les hockeyeurs composent certainement la meilleure équipe belge au niveau mondial, loin devant le football et le basket, puisqu'elle occupe aujourd'hui la quatorzième place mondiale.
Les résultats réalisés sur le terrain tout au long de ce tournoi devraient faire taire irrémédiablement les derniers sceptiques restés au pays. Mais les ambitions internationales de la Belgique ne s'arrêtent pas là. Les joueurs et le staff souhaitent à présent se positionner définitivement dans le top 10 mondial. Une volonté appuyée par des arguments de poids.
Premièrement, l'équipe possède à présent un système de jeu solide qui a fait ses preuves. Depuis le début de la préparation pour le championnat d'Europe de Leipzig, en août pochain, qui demeure l'objectif majeur de 2005, l'équipe s'est attelée à travailler une nouvelle manière de jouer. Vitesse, positionnement, jeu en mouvement avec la balle, voici les nouvelles exigences et les concepts tactiques défendus par le coach sud-africain Giles Bonnet. « Les maîtres mots de notre système sont la vitesse, la pression, les combinaisons et les occasions de buts, explique Bonnet. Si tous les joueurs appliquent à la lettre ces différents enseignements, il ne peut rien nous arriver, quel que soit notre adversaire. Il est important que chacun évolue avec rigueur et concentration. »
En place depuis septembre 2001, l'entraîneur Giles Bonnet (ancien champion olympique de hockey) a façonné son équipe lentement et avec minutie. Son credo : travailler et encore travailler. Pour l'aider dans sa tâche, son adjoint Pascal Kina utilise les moyens vidéo pour corriger les erreurs et expliquer aux joueurs les concepts tactiques. « C'est amusant qu'en hockey toutes les équipes du top mondial utilisent la vidéo depuis des années, alors qu'en Belgique les clubs de D1 en football commencent seulement à en entrevoir toutes les possibilités pour leur discipline. La vidéo ne ment pas et il n'y a pas moyen de tricher avec les images. C'est la façon la plus pertinente d'analyser la manière de jouer des adversaires mais aussi d'essayer de contrer les phases arrêtées, penalty-corners (p.c.) ou coups francs . »
L'équipe belge, parfaitement équilibrée, comprend des joueurs expérimentés dans les différentes lignes du jeu. Les anciens comme Thierry Renaer (29 ans et 272 sélections) ou Maxime Luycx (22 ans et 125 sélections) encadrent les plus jeunes comme Jérôme Truyens ou John John Dohmen, 17 ans, tous les deux). Et, même si la moyenne d'âge du groupe se situe aux alentours de 23 ans, la plupart des joueurs possèdent déjà une expérience internationale importante. A 21 ans, Loïc Vandeweghe (99 sélections) est ainsi devenu le véritable maître à jouer de la formation belge. L' équilibre atteint offre au staff le luxe de pouvoir prévoir une rotation au sein de l'effectif sans aucun risque de diminuer la qualité du jeu offert.
Pourtant, il avait fallu relancer l'équipe après les départs à la retraite de pions majeurs de l'ancien dispositif, comme Marc Coudron ou Xavier-Charles Letier. L'ambiance parfaite qui règne dans le noyau permet, en outre, à l'équipe de cultiver la culture de la victoire. Personne ne se satisfaisait plus d'un résultat moyen ou d'un match nul, même devant un adversaire réputé. Les joueurs en veulent plus. La rage de vaincre.
L'équipe belge marque à présent avec beaucoup plus de facilité, comblant les lacunes qui, au qualificatif de Madrid, en mars 2004, la firent échouer aux portes des Jeux olympiques pour... quatorze secondes. En Egypte, elle a inscrit 26 buts en 6 rencontres. Le principal artisan de ce succès offensif est sans conteste Jean-Philippe Brulé. Le joueur de Pingouin a travaillé d'arrache-pied avec Maxime Luycx et Thierry Stumpe pour proposer un p.c. offensif redoutable (16 sur 30 soit une moyenne de 53 % à Alexandrie).
Mais toutes ces qualités ne doivent pas masquer le travail qu'il reste à accomplir. Giles Bonnet reconnaît d'ailleurs que la Belgique est toujours en phase de préparation et que sa marge de progression est encore importante. « Actuellement, l'équipe est légèrement au-dessus de mes aspirations. Mais, cela n'empêche qu'il existe toute une série de points à améliorer comme le p.c. défensif ou le nombre d'occasions de buts que nous nous créons lors des rencontres. Je suis confiant car il reste encore du temps avant le championnat d'Europe. Nous allons disputer encore une vingtaine de rencontres amicales durant les mois de juillet et d'août. Cela nous permettra de peaufiner encore nos automatismes. »
Pour encadrer le groupe, le staff est composé d'un médecin, de deux kinés, d'un caméraman et... d'un psychologue. Celui-ci, Christophe Brasseur, est présent aux côtés des joueurs, durant les tournois et les périodes de préparation, pour apporter un appui mental au groupe. « Au début, les joueurs étaient assez méfiants lorsque nous avions nos entretiens. Ils ne comprenaient pas ma présence dans le staff. Pourtant, aujourd'hui, notre collaboration est parfaite. Je les écoute et je les stimule. Mon travail consiste, par exemple, à ce qu'un joueur introverti puisse réussir à exprimer clairement ses idées lors des réunions. Cela permet de contrer d'éventuelles frustrations ou de prévenir un conflit latent. »
A présent, le décompte est lancé avant Leipzig. Il reste quatre mois à l'équipe et au staff pour s'occuper des derniers réglages. Le championnat d'Europe sera un véritable test pour la Belgique, qui affrontera successivement dans sa poule l'Angleterre, l'Allemagne puis l'Ecosse. « L'objectif pour nous est très clair, conclut Giles Bonnet. Nous souhaitons terminer dans le top 4 et, si possible, sur le podium pour nous qualifier directement pour le championnat du monde 2006, sans passer par le tournoi qualificatif organisé en Chine, en mars. Avec ce que nous avons montré à Alexandrie, je suis confiant pour les prochains mois. »
Laurent Toussaint
Extrait du "Vif/L'Express" du vendredi 15 avril 2005.



